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SAVOIE, TERRE DE NOS ANCÊTRES

Le 2 septembre 2008 250 lectures

SAVOIE, TERRE DE NOS ANCÊTRES

 

LES MERMET DE LORRAINE

 

 

LA SAVOIE, TERRE DE NOS ANCÊTRES

 

 

Des articles déjà parus dans notre journal ont évoqué l’origine certaine de nos ancêtres sur les terres de Savoie. Le présent article a donc pour but de mieux faire connaître cette région. La Savoie historique est aujourd’hui divisée entre les départements de la Savoie ( 73, chef lieu Chambéry), la Haute Savoie (74, chef lieu Annecy) et l’Ain (01, chef lieu Bourg en Bresse). Chambéry fut longtemps le centre des princes de Savoie qui régnèrent tout d’abord sur la Savoie elle même puis sur le Piémont, la Sardaigne et devinrent rois d’Italie de 1861 à 1946. La Savoie fut rattachée définitivement à la France en 1860 en même temps que le comté de Nice.

De par sa position géographique, à cheval sur les versants français et italiens des Alpes, la Savoie fut de tout temps très convoitée par ses puissants voisins et fut le théâtre de guerres d’invasions avec son lot de souffrances.

 

DES ORIGINES

Au temps de la Gaule, dès le 6ème siècle avant JC, la puissante tribu celte, les Allobroges, occupe le pays entre le Rhône et l’Isère. En 218 avt JC, les Allobroges participent à l’expédition du général carthaginois, Hannibal, contre Romme mais le franchissement des Alpes coûte à l’armée carthaginoise la moitié de ses soldats. Ce n’est qu’en 121 AVT JC que les Romains parviendront non sans peine à soumettre l’Allobrogie qu’ils rattacheront à la « province Narbonnaise, mais la région alpestre ne fut définitivement pacifiée que sous Auguste dans les premières années du 1er siècle avt JC. C’est l’époque de la paix romaine (paxa romana).

 

LA SAVOIE, TERRE ROMAINE

 

L’influence romaine s’est manifestée de quatre manières :

- mise en valeur agricole des parties basses

- création de voies routières extraordinaires avec deux grands axes : Grenoble (Cularo) – Genève (Genabum) et Vienne (Vienna) – Milan (Mediolanum) ; les principales voies passaient par les cols.

- création de petites villes comme Aix (Aquae), Annecy (Boutae)…

- introduction de la civilisation et de la langue latine puis du Christianisme.

 

 

C’est en 380 après JC, qu’apparaît dans l’œuvre d’un historien latin le nom de « Sapaudia », pour désigner l’ancien territoire des Allobroges ; Sapaudia, (pays des sapins), d’où serait dérivé le nom de Savoie.

 

LA FEODALITE

 

Le 5ème siècle de notre ère va connaître un bouleversement politique et sociologique profond avec la disparition de la civilisation romaine et son empire suite aux invasions des peuples vivant au nord de l’Europe (dits Barbares), en majorité germaniques, eux même fuyant les peuplades asiatiques « turquo-mongoles » venus de l’est, nommés les Huns dont la réputation de terreur est légendaire. Les peuples germaniques dont les Francs et les Burgondes, pénètrent dans l’Empire Romain aux environs de 375 puis leur progression aboutit à la prise de Rome en 410.

En 443, les Burgondes venus du Rhin, dont le royaume fut envahi et détruit en 437 par les Huns, migrent et s’installent en Sapaudia avec la permission des Romains et l’aide du général romain Actius. Les Burgondes fondèrent un nouveau royaume qui peu à peu s’étendit des vallées du Rhône jusqu’aux Cévennes et la Méditerranée. Moins d’un siècle plus tard, les Francs, à l’origine des Mérovingiens et Carolingiens, soumettent les Burgondes. Cette époque voit la montée en puissance du christianisme avec la fondation des grandes Abbayes bénédictines et des diocèses, autorité morale et spirituelle dans cette période de chaos et autorité sur laquelle s’appuiera la nouvelle dynastie carolingienne. L’empire de Charlemagne, s’étend sur la presque totalité de l’Europe mais la mésentente de ses petits fils aboutira à sa division en 3 parties (traité de Verdun en 843). Après cette division, la Savoie et les pays de l’Ain, font partie du royaume de Lothaire qui s’étend de l’Italie à la mer du nord en passant par les Alpes, la Lorraine et le Luxembourg. La dislocation de l’empire carolingien se précipite avec des invasions de nouvelles ethnies : les Vikings par le nord et l’ouest, les Hongrois à l’est et les Sarrasins au sud. Des razzias sarrasines désolent la région où l’Eglise représente la seule autorité établie. La faiblesse de la monarchie face à ces invasions conduit les grands propriétaires à se défendre eux même : Comtes, Evêques, Abbés entourent leur demeure, leur cité ou leur Abbaye de fossés, de talus ou de palissades de bois. Les petits propriétaires se plaçaient sous la protection des grands auxquels, en échange, ils juraient fidélité ; vit le jour à la fin du 9ème siècle, toute un hiérarchie de seigneurs et de vassaux qui progressivement se mirent à battre monnaie, lever les impôts, faire la guerre et rendre justice : c’est la naissance de la féodalité avec un enchevêtrement de fiefs sous le nom de Duchés, Comtés, Vicomtés, Marquisats, Domaines….

 

La région connut les vicissitudes des partages successoraux des rois francs carolingiens et passa successivement du royaume de Provence à celui de Bourgogne transjuranne avant d’être rattachée en 1032 au Saint Empire Romain Germanique. Cette époque voit l’émergence des princes de Savoie et le Comte de Maurienne , Humbert aux Blanches Mains, qui soutient l’Empereur germanique, reçoit en 1034 le titre de Comte de Savoie « portier des Alpes ». Cette famille va régner jusqu’en 1946.

 

LA MAISON DE SAVOIE

 

Du seigneur féodal Humbert aux Blanches Mains (début 11ème siècle) au dernier Roi d’Italie, Humbert 2, fils de Victor Emmanuel 3 qui abdiqua en 1946, neuf siècles de pouvoir ont fait de la Maison de Savoie la plus ancienne maison souveraine d’Europe.

Ces princes surent profiter de leur maîtrise sur les cols franco-italiens pour asseoir leur pouvoir. Ce rôle de « portier des Alpes » offrit un pouvoir considérable aux Comtes de Savoie qui en usèrent sans modération en nouant alternativement des alliances avec leurs différents voisins, ce qui leur permirent d’étendre progressivement leur autorité sur des territoires voisins de la Savoie proprement dite (la Bresse, le Bugey, le Genevois, le pays de Gex, Nice). Signe du succès de cette politique, en 1416, le Comté de Savoie sous Amédée 8 est érigé en Duché par l’Empereur germanique Sigismond de Luxembourg. En 1429, Amédée 8 réunit le Comté du Piémont à la Savoie. Les Princes de Savoie ont fait de Chambéry leur capitale et leur Cour rivalisait alors par son faste avec celle des plus grands souverains européens. (château à visiter)

Au milieu du 15ème siècle, la Savoie est un Etat qui s’étend de la Bresse au lac majeur en Lombardie, du pays de Vaud (nord du lac Leman en Suisse) à Nice.

La position clé de la Savoie en fit une région convoitée ce qui explique son histoire mouvementée qui n’est qu’une succession d’occupation par la France ou par l’Espagne et de Traités la rendant à ses souverains. La Maison de France et la Maison d’Autriche (Habsbourg d’Espagne) convoitaient l’une et l’autre en effet la possession des cols alpins entre la Méditerranée et la Lombardie.

En 1536, François 1er envahit la Savoie qui demeurera 23 ans sous tutelle française jusqu’en 1559 (traité de Cateau Cambrésis) où le Duc Emmanuel-Philibert de Savoie recouvre ses domaines ; il transfère néanmoins sa capitale à Turin, Chambéry étant jugée trop exposée aux troupes françaises. Ce transfert marquera l’orientation croissante de la Maison de Savoie vers l’Italie.

En 1600-1601, sous Henri 4, la France envahit et occupe de nouveau la Savoie qui aboutit au traité de Lyon du 17 janvier 1601, où la Savoie perd définitivement la Bresse, le Bugey et le Pays de Gex (voir article dans notre précédent journal relatant cet événement).

Au 17ème siècle, la Savoie est encore occupée à 3 reprises par les soldats de Louis 13 et Louis 14. En 1720 le Duc de Savoie se voit attribuer la Sardaigne et devient Roi de Sardaigne, étape essentielle dans ses ambitions italiennes pour une couronne royale ; l’Italie n’était alors qu’une mosaïque de petits Etats que leurs rivalités ne cessaient d’affaiblir alors que grandissait l’Etat savoisien appelé monarchie Sarde.

De 1742 à 1748, la Savoie est occupée par les Espagnols alliés à la France dans la guerre de succession d’Autriche. En 1792, les armées révolutionnaires françaises occupèrent la Savoie qui devient le département du Mont Blanc. A la chute de l’Empire Napoléonien, le traité de Paris de 1815 restitue la Savoie au roi Victor Emmanuel 1er. Le pays rentre dans l’ère du « Buon governo », ordre moral dont les mesquineries indisposent la population et les savoyards lassés se tournent vers la France.

 

LE RATTACHEMENT A LA FRANCE

 

En 1858, lors de l’entrevue secrète de Plombières, Napoléon 3 et le Comte de Cavour (Ministre de Victor Emmanuel 2) décidaient qu’en échange de l’aide française contre l’occupation autrichienne en Italie, il serait cédé à la France la Savoie et Nice qui deviendraient des zones neutres et à condition que les populations y consentissent. Lors du plébiscite du 22 avril 1860, une majorité écrasante de « oui » demande le rattachement de la Savoie à la France (130 533 oui et 235 contre).

Ainsi la famille de Savoie perdait le berceau de sa dynastie. Néanmoins, les Princes de Savoie continueront pour la plupart à se faire inhumer dans leur

nécropole qui se trouve à ’Abbaye de Hautecombe sur

les bords du lac du Bourget.

La région est alors partagée en deux départements : la Savoie et la Haute Savoie.

Dès 1860 les savoyards durent déchanter : l’administration précédente s’était toujours efforcée de tenir compte de la diversité des composantes du royaume, bien loin des exigences centralisatrices françaises. Les préfets nommés en 1860 étaient étrangers à la Savoie ; les relations entre les savoyards et les fonctionnaires français furent détestables. Après la défaite française de 1870 une opposition savoyarde voit le jour et conteste le plébiscite de 1860 ; un fort courant sécessionniste naît en Savoie du Nord.

1914-1918 : la neutralité de la Savoie n’est pas respectée par la France ; la participation de la population à la 1ère guerre mondiale entraîne la disparition de plus de 43 000 savoyards sur une population totale de 500 000 habitants soit 8,5% de la population. En 1919 le traité de Versailles supprime officiellement la neutralité de la Savoie. En 1932 la Cour Internationale de justice de La Haye condamne la France et l’invite à rétablir la zone neutre conformément aux traités antérieurs, ce qu’elle ne fera pas.

 

Un mouvement régionaliste existe encore aujourd’hui en Savoie mais demeure marginal. Depuis 1994 existe la ligue savoisienne qui réclame l’indépendance complète prétextant que le traité de 1860 n’a pas été respecté par la France et est donc caduc. Les indépendantistes de la ligue savoisienne ont obtenu aux élections régionales de 1998, 6,1% des voix.

 

 

Fait paradoxal, bien que dernière acquisition territoriale française, la Savoie fut en quelque sorte l’un des berceaux de la langue française. C’est à Annecy que fut crée la première Académie en 1606 qui devait servir de modèle à Richelieu pour l’Académie française. Les instigateurs de l’Académie d’Annecy appelée « florimontane » étaient Honoré d’Urfé, Antoine Favre et enfin St François de Sales (1567-1622) le grand homme de la Savoie qui domina toute la vie religieuse du pays. Cette académie siège toujours à Annecy. Les savoyards n’ont jamais parlé italien mais ils ont eu un dialecte très ancien, le franco-provencal qui a été parlé (non écrit) jusqu’à la seconde guerre mondiale. Un grand nombre de toponymes viennent des patois locaux : ainsi beaucoup de noms se terminent par « oz » ou « az ». Il s’agit d’une transcription phonétique ; cette finale signifie que le A et le O sont atones comme si le mot se terminait par un e muet (exemple Clusaz se dit Cluse) le Z n’est jamais prononcé.

 

 

 

QUELQUES SAVOYARDS ILLUSTRES :

 

François de Sales : (1567-1622) : Humaniste, évêque de Genève en résidence à Annecy. Auteur de « l’introduction à la vie dévote »

Les frères de Maistre : Joseph (1753-1821) et Xavier (1763-1852) : philosophes adversaires de la révolution et théoriciens de la monarchie absolue.

Claude Mermet (1550 - ?) Il naquit à Saint Rambert en Bugey. Poète et auteur de différents ouvrages sur l’orthographe française et différents traités comme « Traité de consolation aux maris » . Un article lui sera consacré dans un prochain journal. 

Monge  : (1746-1818) , mathématicien

Berthollet : (1748-1822), chimiste

 

 

 

LA SAVOIE D’AUJOURD’HUI

 

La Savoie est une région de montagne longtemps consacrée exclusivement à l’élevage (d’où une belle tradition d’industries fromagères avec le gruyère de Beaufort, le Reblochon, la Tome, le fromage d’Abondance, le Persillé, le Bleu de Termignon etc…) et à l’exploitation forestière. L’époque contemporaine apporta les usines électriques, les barrages (la houille blanche) et enfin le tourisme ; cette économie contemporaine a préservé la région de l’avenir incertain dont un exode rural intensif la menaçait. Le tourisme est la première activité économique de la Savoie.

La Savoie est une région de lacs (le Leman, le lac d’Annecy, celui du Bourget et celui d’Aiguebelette) et de sources thermales parmi les plus célèbres de France (Evian, St Gervais, Aix les Bains, Challes les Eaux, Marlioz, la Lèchère, Brides).

La Savoie est un traditionnel lieu de passage entre la France, la Suisse et l’Italie avec deux grands cols connus depuis l’antiquité : le petit St Bernard et le Mont Cenis, renforcés et doublés par trois grands tunnels, celui du Mont Blanc achevé en 1965 et les deux tunnels routiers du Mont Cenis et ferroviaire de Fréjus.

 

 


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