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Christian Mermet

Par Mermet-Maréchal Anne-Marie Le 3 janvier 2011 204 lectures

Christian Mermet

L’artiste a son histoire qu’il aime en général mettre en scène. J’ai pensé que la matière avait la sienne et imaginé qu’elle pouvait nous mettre en scène tous les deux. Je l’ai donc laissée s’exprimer.


Je suis un frêne du Haut-Jura, plus précisément de Tressus. Bien né dans la montagne, j’ai grossi, profitant du grand air et du cycle de saisons bien marquées. Nourri par un sol riche en calcaire, ma constitution robuste et serrée donne des veines colorées remarquables, bien que je sois un bois un peu pâle. Ayant atteint l’âge adulte, j’ai vu arriver avec terreur des bûcherons qui ont attaqué ma base pour me faire culbuter. On m’a ensuite débité en billes, puis en quartiers et j’ai senti que mon avenir serait transformé en fumée. La mort annoncée. Deux billes, les plus belles sont restées allongées au soleil en attente de ….je ne savais pas quoi. Et un jour, j’ai entendu un type qui parlait près de moi « elles sont belles ces deux billes ; vous n’allez pas les brûler, je les prends ». Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai trouvé cette voix sympathique. J’ai été chargé dans une voiture et je me suis retrouvé dans un atelier au milieu d’une quantité de collègues, chêne, orme, noyer, mais aussi d’étrangers, curupay, algarrobo, quebracho qui, comme moi, avaient l’air heureux de se trouver dans ce lieu où toutes les senteurs de bois envahissaient l’atmosphère. J’étais heureux de mon destin. J’imaginais ma deuxième vie : elle serait artistique, à voir toutes les belles œuvres qui peuplaient l’atelier. Un jour mon créateur s’est approché de moi, il me contemplait, essayant de deviner ce que je pourrais lui apporter, de ce qu’il y avait en moi ; il me jaugeait, cela m’impressionnait en même temps que naissait en moi une certaine fébrilité. Il allait m’arriver quelque chose. Moi aussi j’essayais de savoir ce qu’il y avait en lui et, à force de concentration, je me rendis compte qu’il avait été marqué par un sujet d’actualité : l’absence de liberté de certaines femmes, contraintes de porter des habits qui les rendaient invisibles humainement. Leur corps et leur visage disparaissaient sous l’enveloppe de tissus, les privant de tout contact avec le monde. Il cherchait à représenter cette privation de présence et de liberté dans un milieu humain. Il s’est mis au travail, chaque coup sur les ciseaux me rapprochait de ma représentation finale. J’en étais fier, et je crois que je l’aidais, en lui présentant mes plus belles veines pour qu’il les mette en valeur dans les courbes de son imagination. Il m’a modelé un corps qui ne laissait rien voir de formes humaines et qui devait être d’une grande sobriété ; et aussi d’une tristesse extrême pour évoquer ces corps de femmes drapés dans des tissus informes. Par contre, il voulait un voile aérien, esthétique, de façon à rendre l’ensemble agréable à l’oeil . Pour terminer, il n’a pas prévu de visage : il voulait que le message soit clair. Finalement, j’étais heureux ; il m’avait sauvé du feu de cheminée (la mort certaine) pour me hisser au rang d’œuvre artistique, immortelle, en attente du coup de cœur d’un collectionneur avisé. Il m’avait baptisé « VOILE ou FEMME SANS VISAGE » J’ai su plus tard que je serais modèle, une promotion ! Que je pourrais donner naissance à de magnifiques bronzes, fondus à mon image. Il me restait à lui dire « merci l’Artiste ! », c’était le moins que je pouvais faire. Christian Mermet Je suis un frêne du Haut-Jura, plus précisément de Tressus. Bien né dans la montagne, j’ai grossi, profitant du grand air et du cycle de saisons bien marquées. Nourri par un sol riche en calcaire, ma constitution robuste et serrée donne des veines colorées remarquables, bien que je sois un bois un peu pâle. Ayant atteint l’âge adulte, j’ai vu arriver avec terreur des bûcherons qui ont attaqué ma base pour me faire culbuter. On m’a ensuite débité en billes, puis en quartiers et j’ai senti que mon avenir serait transformé en fumée. La mort annoncée. Deux billes, les plus belles sont restées allongées au soleil en attente de ….je ne savais pas quoi. Et un jour, j’ai entendu un type qui parlait près de moi « elles sont belles ces deux billes ; vous n’allez pas les brûler, je les prends ». Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai trouvé cette voix sympathique. J’ai été chargé dans une voiture et je me suis retrouvé dans un atelier au milieu d’une quantité de collègues, chêne, orme, noyer, mais aussi d’étrangers, curupay, algarrobo, quebracho qui, comme moi, avaient l’air heureux de se trouver dans ce lieu où toutes les senteurs de bois envahissaient l’atmosphère. J’étais heureux de mon destin. J’imaginais ma deuxième vie : elle serait artistique, à voir toutes les belles œuvres qui peuplaient l’atelier. Un jour mon créateur s’est approché de moi, il me contemplait, essayant de deviner ce que je pourrais lui apporter, de ce qu’il y avait en moi ; il me jaugeait, cela m’impressionnait en même temps que naissait en moi une certaine fébrilité. Il allait m’arriver quelque chose. Moi aussi j’essayais de savoir ce qu’il y avait en lui et, à force de concentration, je me rendis compte qu’il avait été marqué par un sujet d’actualité : l’absence de liberté de certaines femmes, contraintes de porter des habits qui les rendaient invisibles humainement. Leur corps et leur visage disparaissaient sous l’enveloppe de tissus, les privant de tout contact avec le monde. Il cherchait à représenter cette privation de présence et de liberté dans un milieu humain. Il s’est mis au travail, chaque coup sur les ciseaux me rapprochait de ma représentation finale. J’en étais fier, et je crois que je l’aidais, en lui présentant mes plus belles veines pour qu’il les mette en valeur dans les courbes de son imagination. Il m’a modelé un corps qui ne laissait rien voir de formes humaines et qui devait être d’une grande sobriété ; et aussi d’une tristesse extrême pour évoquer ces corps de femmes drapés dans des tissus informes. Par contre, il voulait un voile aérien, esthétique, de façon à rendre l’ensemble agréable à l’oeil . Pour terminer, il n’a pas prévu de visage : il voulait que le message soit clair. Finalement, j’étais heureux ; il m’avait sauvé du feu de cheminée (la mort certaine) pour me hisser au rang d’œuvre artistique, immortelle, en attente du coup de cœur d’un collectionneur avisé. Il m’avait baptisé « VOILE ou FEMME SANS VISAGE » J’ai su plus tard que je serais modèle, une promotion ! Que je pourrais donner naissance à de magnifiques bronzes, fondus à mon image. Il me restait à lui dire « merci l’Artiste ! », c’était le moins que je pouvais faire.

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